Pour démocratiser la consommation responsable, il faut « se salir les mains »


L’actualité et un certain nombre d’échanges lors de la construction en court de la Grande épicerie Générale – Nancy, m’interrogent sur certaines tendances et positions liées à la consommation.

L’une d’entre-elles est ce soucis de la « pureté » en terme de valeurs et d’éthique.

En effet, de nombreuses personnes s’étonnent : « Mais pourquoi proposer également des produits conventionnels et ne pas se limiter au bio ? », « Pourquoi ne pas faire du « tout-vrac » ? », « Pourquoi proposer de la viande ? »… Autant de remarques qui illustrent une chose : l’éthique en matière de consommation (comme ailleurs) est éminemment personnelle et chacun a sa façon de la mettre en pratique.

Spécialiser, segmenter, c’est souvent un choix marketing et commercial assumé par certaines enseignes (bio, vrac, vegan…), soit. Ça en devient même flagrant lorsque E.Leclerc s’y met à plein. Mais est-ce pour autant sociétalement souhaitable ?

Je ne le pense pas.
Et c’est d’ailleurs, la réponse apportée par la plupart des projets de supermarchés coopératifs et participatifs, dont celui de Nancy. Si nous souhaitons l’émergence d’un supermarché coopératif et « populaire », nous nous devons de répondre aux besoins hétérogènes de nos membres. Il serait arbitraire pour un projet qui se veut toucher le plus grand nombre de tracer une ligne morale unique et d’affirmer que tels consommateurs seraient – de facto – exclus, tandis que d’autres seraient bienvenus.

Cela ne signifie pas de ne pas regarder rigoureusement, ni informer sur les qualités (ou défaut) des produits. Cela signifie juste qu’il n’est pas envisageable de ne pas proposer un produit dont le besoin se ferait jour. Au collectif de proposer les meilleures réponses, aux individus de faire leurs courses en fonction de leurs convictions.

Nous le savons, la consommation et ses habitudes sont extrêmement liées aux origines et conditions sociales et géographiques des gens. Elles ne sont pas figées dans le temps et sont fonctions des trajectoires personnelles. C’est pourquoi l’idée d’un magasin spécialisé porte en lui même une forme d’exclusion à laquelle nous nous refusons, pour privilégier des formes concertées et ouvertes de choix des produits.
Nous en prenons même le contre-pied (en visant 3.000 références) et portons le projet d’un super-marché coopératif, lieu de rencontres et d’échanges, qui ouvrirait ses portes à tous ceux qui souhaiteront y participer activement. D’autant plus inclusif qu’il offrirait des produits plus accessibles en terme de prix.

Alors oui, en tenant ce discours, nous écornons pour partie un idéal de pureté. Mais proposer à 70% du bio, rendre du pouvoir d’achat à nos membres et leur permettre l’accès et le choix à des produits de qualité est en soit un bel objectif de société.

Je suis intimement persuadé que les systèmes qui ne cherchent pas en tout point la « pureté » sont ceux qui tracent des ponts et aident à faire progresser les idées en les mettant à l’échelle du plus grand nombre. Après tout, ce sont des grains de sable que naissent les perles, ou des aspérités et poussières que se forment les bulles de champagne. Dans la nature ou dans les organisations humaines, la pureté « idéologique » n’est ni souhaitable, ni féconde.

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